A- A A+ Mercredi 22 novembre 2017

Le patrimoine des années 30

De toutes les périodes de croissance que Maisons-Alfort a connues, l'entre-deux-guerres est sans aucun doute celle qui s'est inscrite le plus brillamment sur son territoire. Les réalisations publiques comme les initiatives privées ont non seulement été saluées par la presse de l'époque comme des réussites mais elles constituent aujourd'hui un patrimoine architectural exceptionnel, illustrant de manière éclectique les caractéristiques et les influences de l'architecture des années 30.

Ni ville industrielle, ni cité dortoir, Maisons-Alfort est entrée de manière équilibrée dans la modernité, échappant aux excès de la construction anarchique de la banlieue parisienne, au moment où dans notre pays la population urbaine dépassait pour la première fois la population rurale (1931). La réalisation de pavillons à Charentonneau et au Vert de Maisons a absorbé la plus grande partie de la croissance démographique de la ville qui passe de 20000 habitants en 1921 à 35000 en 1936.

Le square Dufourmantelle

A la fin des années 20, la forte croissance démographique de la ville incite la Municipalité dirigée par Léon Champion à envisager la construction de logements sociaux. La Ville offre donc un terrain à "l'Office Public d'Habitations à Bon Marché" (H.B.M) du Département de la Seine pour construire un ensemble de 600 logements : le square Dufourmantelle.

Les architectes choisis pour réaliser cette commande sont André Dubreuil et Roger Hummel, tous deux Seconds Grands Prix de Rome. Ils vont rivaliser d'imagination pour répondre à l'ambition sociale des élus et aux préoccupations hygiénistes de l'époque. Il s'agit de faire entrer l'air et la lumière au maximum dans les bâtiments et d'offrir des conditions d'hygiène et de confort maximum. Les immeubles cubiques en brique rouge avec toits-terrasses sont donc limités en hauteur. Ils sont situés autour de cours et d'espaces verts agréables, agrémentés de jeux pour enfants et les logements sont lumineux et faciles à entretenir... L'innovation la plus personnelle des architectes reste l'introduction des huisseries métalliques combinée à la création des fenêtres à guillotine.

Cette réalisation reste encore aujourd'hui une référence en matière d'architecture pour les logements sociaux, régulièrement citée par les revues spécialisées. A la demande de la Ville, les logements et les espaces extérieurs du square Dufourmantelle ont été totalement rénovés par leur propriétaire entre 1995 et 1997, dans le respect de l'esprit de leurs initiateurs. Dans sa séance du 29 mars 2007, la Commission Régionale du Patrimoine et des Sites a décidé l'inscription du Square Dufourmantelle à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques, reconnaissance nationale de la qualité architecturale de cet ensemble de logements sociaux.

Les groupes scolaires Jules Ferry et Condorcet

Devant réaliser 2 nouveaux groupes scolaires, la Municipalité de Léon Champion décide de faire appel à ce duo d'architectes novateur. André Dubreuil et Roger Hummel conçoivent donc les groupes scolaires Jules Ferry et Condorcet, ouverts à la rentrée 1934 et inaugurés officiellement le 17 février 1935. Renouvelant les innovations techniques, les architectes proposent aussi pour ces écoles des concepts pédagogiques nouveaux qui confèrent aux deux groupes scolaires un caractère unique.

En rouge et blanc pour Jules Ferry et en blanc et rouge pour Condorcet qui est recouvert de la pâte de verre fabriquée par Boulenger le céramiste du métro parisien, les deux établissements sont largement ouverts sur la lumière et sur de vastes cours. Avec un évident air de famille dû au style "paquebot" (fenêtres à hublot, volumes décrochés sur différents niveaux...), ils ont chacun leurs spécificités : par exemple à Jules Ferry, un porche d'entrée illustré par les Contes de Perrault sculptés par Saulo, Prix de Rome, et à Condorcet un énorme cadran d'horloge sur une tour écarlate, repérable à des lieues à la ronde.

C'est pour préserver ce patrimoine exceptionnel que la Ville a sollicité des mesures de protection et a obtenu pour les 2 groupes scolaires une inscription à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques : le 19 juillet 1994 pour Condorcet et le 12 juillet 2002 pour Jules Ferry. Cette protection est assez rare pour les bâtiments scolaires et souligne donc leur grande qualité architecturale.

L'église Sainte-Agnès

Un homme qui n'était pas architecte a joué un rôle important dans la constitution du patrimoine maisonnais des années 30. C'est Fernand Moureaux (1863-1956), directeur-fondateur de la distillerie de la Suze. Ce grand patron a joué les mécènes généreux en finançant à 80% l'édification de l'église Sainte-Agnès dans le quartier d'Alfort. Sainte-Agnès est l'une des rares églises d'inspiration moderniste issue des "Chantiers du Cardinal", vaste campagne de construction d'églises nouvelles lancée en 1930 par le Cardinal Archevêque de Paris Jean Verdier qui consacra l'édifice religieux en juin 1933.Fernand Moureaux imposa le choix des architectes : Marc Brillaud de Laujardière, Prix de Rome et son associé Raymond Puthomme.

Leur tâche ne fut pas facile : le terrain exigu et enclavé au milieu d'un îlot de vieilles bâtisses ne présentait qu'une façade très étroite sur la rue. Ils ont alors imaginé une église originale et résolument moderne, avec une nef inclinée de 30 degrés par rapport à la façade principale et un clocher hexagonal, haut de 53 mètres, surmonté d'une croix en fer forgé de 8 mètres, visible depuis le Pont de Charenton. De ce clocher, symbole d'identité pour le quartier d'Alfort à l'entrée de ville, l'anecdote dit qu'il serait proche de la forme d'une bouteille de Suze en hommage au célèbre apéritif inventé par le mécène de l'église.

La décoration de l'église, volontairement sobre, est illuminée par les vitraux créés par Max Ingrand, verrières immenses, géométriquement découpés en A, l'initiale d'Agnès. Saluée comme une réussite par les spécialistes parlant d'un "prisme de lumière jaillissant d'un terrain sans forme", l'église Sainte-Agnès est classée Monument Historique depuis le 21 décembre 1984.

La façade de la Suze

Fernand Moureaux souhaitant que son usine toute proche s'inscrive en harmonie avec la nouvelle église Sainte-Agnès et l'École Vétérinaire située en face confie en 1934-35 la transformation de son établissement, installé sur les bords de Marne depuis 1875, à l'architecte Paul Fénard qui crée la façade et la tour encore visibles aujourd'hui avenue du Général Leclerc.
 

Les années 30, encore...

Signalons aussi parmi les éléments importants du patrimoine architectural des années 30 à Maisons-Alfort :


La cité universitaire de l'École Vétérinaire, construite entre 1928 et 1934 et imaginée par l'architecte Émile Bois, résolument innovante dans le confort proposé aux étudiants.

Le groupe Georges Guyon, un ensemble mixte et original associant immeubles et pavillons auquel s'ajoutent des boutiques côté avenue du Général Leclerc. La même commande passée à l'architecte, Henri Guyon, concernait aussi un ensemble similaire rue de Liège dans le quartier Liberté - Vert de Maisons.

En savoir plus :
Découvrir le patrimoine des années 30 en images.